Une pandémie qui plombe les ventes, des suppressions de postes, des actionnaires qui tentent de déstabiliser le PDG : Danone, qui présente vendredi ses résultats 2020, entame 2021 sans quitter la zone de turbulences.
Les nuages s’accumulent au-dessus du PDG Emmanuel Faber, visé par les
offensives de fonds d’investissement entrés au capital à la faveur de la baisse du cours de Bourse – au plus haut en 2019, le titre a depuis perdu un quart de sa valeur. L’avertissement le plus sévère est intervenu jeudi dernier: le fonds Artisan Partners, désormais 3e actionnaire, avec environ 3% du capital, a demandé un «changement urgent» à la tête du fleuron français de
l’agroalimentaire. Selon cette société américaine, entrée au capital l’an dernier, les bouleversements engendrés par la pandémie ne suffisent pas à expliquer la baisse de performance du groupe (-5,4% de chiffre d’affaires sur les neuf premiers mois de 2020, soit un manque à gagner de près d’un milliard par rapport à la même période en 2019). Soucieux de ne pas être présenté comme un fonds activiste, Artisan Partners fait valoir qu’il dispose d’un «plan» pour le groupe qui «n’implique ni ingénierie financière, ni démantèlement ou vente de l’entreprise». Quelques semaines plus tôt, le magazine Challenges révélait qu’un petit fonds activiste londonien, Bluebell Capital, avait demandé en des termes plus directs le départ de Faber, et plaidé comme Artisan Partners pour dissocier les fonctions de président et de directeur général. Dans le Journal du dimanche, Emmanuel Faber a répondu ne pas avoir «de position dogmatique sur ce sujet». En coulisses, une source proche du dossier juge que les fonds se livrent à une «manoeuvre opportuniste», avant tout guidés par le souci de récolter les fruits du rebond du titre et des ventes, au moment où l’étau de la pandémie se desserrera.
«Actes de déstabilisation» : Faber n’est pas lâché de toutes parts. Manifestement soucieux à l’idée qu’Emmanuel Faber perde la confiance du conseil d’administration, l’ex-directeur général de l’OMC, Pascal Lamy, a prévenu lundi qu’il était prêt à «rentre son tablier» si ce conseil «considère que Danone est allé trop loin dans la poursuite d’engagements environnementaux et sociétaux». M. Lamy préside un comité chargé d’évaluer la mise en oeuvre par Danone de ces engagements depuis que le groupe est devenu une «entreprise à mission» en
juin avec l’aval des actionnaires à plus de 99%. Les syndicats le soutiennent aussi : FGA-CFDT s’est fendu d’un communiqué faisant valoir que «la gouvernance actuelle est la meilleure». «Des fonds activistes tentent d’imposer au groupe Danone leur modèle basé sur les seuls profits financiers à court terme avec des risques de
répercussions imminentes et graves sur l’emploi, voire un démantèlement du groupe», a mis en garde la FGTA-FO. Les syndicats montent au filet au moment où Danone travaille sur un «plan d’adaptation». Il prévoit 2.000 suppressions de postes et une refonte de l’organisation pour qu’elle soit moins centralisée, plus «agile», selon les mots du PDG. Ce plan vise à rehausser la rentabilité du groupe afin qu’il ait les moyens d’investir, notamment dans des emballages toujours plus verts, et ne perde pas de terrain face aux puissants concurrents Unilever et Nestlé. Danone souffre de la comparaison avec le géant suisse qui présentera ses résultats annuels jeudi, un jour avant lui.


