Ce restaurant a-t-il du poisson au menu? Ce bus va-t-il bien vers chez moi? Autant de questions pratiques auxquelles les non-voyants peuvent désormais répondre sans dégaîner leur smartphone grâce à la nouvelle génération de lunettes connectées, même si la fiabilité de l’intelligence artificielle (IA) incite à la prudence. Aucun des leaders émergents de ce marché naissant n’a pourtant conçu de modèle avec cette population en tête, mais dans leur ombre, plusieurs start-up, dont certaines sont présentes cette semaine au grand salon de la technologie CES, contribuent à la constitution d’un écosystème dédié. Pour les voyants, les lunettes «ne font que leur dire ce qu’ils aperçoivent déjà», souligne Aaron Preece, rédacteur en chef de la revue AccessWorld publiée par la Fondation américaine pour les aveugles (AFB). «Mais pour les non-voyants, (…) c’est utile.» De nombreuses applications sur smartphone sont déjà destinées aux personnes atteintes de cécité, «mais il faut le tenir et s’assurer que la caméra pointe bien dans la bonne direction», poursuit Aaron Preece, qui est lui-même aveugle. «Alors que si c’est sur votre nez, c’est clairement plus intuitif.» Selon l’Agence internationale pour la prévention de la cécité (IAPB), 43 millions de personnes sont aveugles dans le monde, tandis que 295 millions de plus présentent une déficience visuelle modérée à sévère. Les lunettes Meta AI, de modèle Ray-Ban ou Oakley, peuvent décrire, sur demande orale, ce qui se trouve face à l’utilisateur ou contacter, via l’appli indépendante Be My Eyes, un bénévole à même de restituer la scène grâce à la caméra. La jeune pousse californienne Agiga, dont les lunettes EchoVision ont été élaborées avec la collaboration de non-voyants, dont Stevie Wonder parmi ses testeurs, assure que sa représentation orale est plus riche et plus complète que celle des produits existants. L’angle de leur caméra (110°) capte aussi 50% de plus que les autres «smart glasses», explique Xiaroan Wang, patrone d’Agiga, évitant à l’utilisateur d’«avoir à tourner la tête». Leur lancement est prévu au premier trimestre 2026, à 599 dollars avec un abonnement payant en plus au service IA, contre un prix de départ à 299 dollars pour les Ray-Ban Meta.


