Les représentants de Shein et du BHV ont défendu mercredi au Sénat leur vision «disruptive» du commerce, appelant à une «coopération» avec les autorités mais aussi avec les acteurs de l’industrie textile française, inadaptée selon eux aux nouvelles réalités économiques.
«Arrêtez de nous voir comme le grand méchant loup»: après des mois de polémiques et des rendez-vous déclinés à l’Assemblée nationale, Quentin Ruffat, porte-parole de Shein en France, a estimé que la marque asiatique d’ultra fast-fashion pouvait «aider les marques de prêt-à-porter en difficulté».
Le partenariat avec le groupe SGM, dirigé par Frédéric Merlin et propriétaire du BHV, vise à «démontrer comment la force et la popularité d’une marque digitale comme la nôtre peuvent contribuer à stimuler la fréquentation et l’attractivité des commerces physiques plutôt que de s’y substituer», estime M. Ruffat.
Au BHV pourtant, «l’expérimentation» n’a pas encore porté ses fruits. Si 5.000 visiteurs minimum viennent chaque jour au magasin Shein depuis son ouverture début novembre, peu ont acheté, reconnaît Frédéric Merlin.
Avec le départ de nombreuses marques, en raison d’impayés ou par opposition au champion de la mode éphémère, le BHV a connu «une vraie baisse de chiffre d’affaires».
La bonne recette est en voie d’être trouvée, assure Frédéric Merlin, mais il n’a toujours pas donné de date pour l’ouverture de cinq espaces Shein en province, confirmant seulement que ça sera «très prochainement».
Plusieurs sénateurs sont restés sceptiques comme l’écologiste Yannick
Jadot qui dénonce une «alliance mortifère pour l’industrie textile européenne».
Shein est «le meilleur sur le digital et sur l’internationalisation», pourquoi donc ne pas collaborer avec elle, a rétorqué M. Ruffat.
Il invite les marques françaises «qui ont du mal à s’internationaliser, à se digitaliser» à «utiliser» la plateforme.
Seulement «10% du chiffre d’affaires des marques de prêt-à-porter françaises est sur le digital, (…) ce n’est plus possible de faire ça, il faut être multicanal, c’est tout l’enjeu de notre partenariat» avec le BHV, a-t-il asséné.
Les acteurs du commerce en France et en Europe sont loin de vouloir une telle coopération: une coalition de fédérations du commerce a attaqué Shein en justice pour concurrence déloyale.


