Hotwire France a publié son rapport Organisations Agentique avec House of Beautiful business. L’occasion pour mediaCom’ d’évoquer les résultats de l’étude et la place de l’IA dans les entreprises avec Isabelle RAHÉ, Directrice générale de Hotwire France.
MEDIACOM’ Comment avez-vous construit votre étude ?
Isabelle RAHÉ Le rapport Organisations Agentique, que nous avons co-réalisé avec le think tank House of Beautiful business, est né d’une volonté claire : comprendre non seulement comment l’IA transforme les organisations, mais surtout comment cette transformation est vécue par celles et ceux qui la traversent. Pour cela, nous avons conçu un dispositif de recherche hybride, pensé comme un laboratoire vivant de l’IA. Entre septembre et novembre 2025, nous avons interrogé 900 professionnels aux États-Unis, en Europe et à Singapour, tous utilisateurs de l’IA dans leur quotidien professionnel.
MEDIACOM’ Les acteurs interrogés considèrent-ils l’IA comme un gain de performance ?
Isabelle RAHÉ L’IA, dans l’esprit des professionnels que nous avons interrogés, n’est plus seulement un accélérateur : elle est devenue un amplificateur. Les chiffres parlent d’eux mêmes : 69% des répondants disent se sentir plus autonomes et mieux armés avec l’IA qu’avant, 78% constatent un gain de vitesse, 60% une amélioration de la qualité et 58% une hausse de la créativité. Ce qui nous a frappés, ce n’est pas seulement la performance, c’est l’émotion qu’elle déclenche. Beaucoup nous ont expliqué que l’IA leur donne l’impression d’avoir un espace mental libéré, où ils peuvent enfin se concentrer sur le travail «qui compte». Mais derrière cette puissance, une réalité émerge : lorsque l’IA commence à maîtriser les tâches qui donnent aux individus un sentiment de valeur, une anxiété nouvelle se crée.
MEDIACOM’ Quels regards portent-ils sur les agents IA dans les entreprises ?
Isabelle RAHÉ Un mot s’impose rapidement : la cohabitation. L’IA n’est plus perçue comme un outil lointain ou purement technique, mais comme un acteur opérationnel à part entière, déjà intégré au quotidien des organisations. Les résultats de notre étude en témoignent clairement : 21% des professionnels considèrent d’ores et déjà l’IA comme un collègue, 14% comme un véritable décideur. Plus largement, 62% se disent prêts à accueillir une IA sous la forme d’un «employé virtuel», capable de prendre en charge les tâches routinières, et 43% accepteraient même d’être managés par un agent IA. L’un des enseignements les plus marquants tient toutefois au profil de ceux qui anticipent le plus cette évolution. Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les juniors, mais bien les dirigeants qui projettent le plus fortement la montée en puissance de l’IA.
MEDIACOM’ L’IA est-elle un atout dans une stratégie marketing et de communication ?
Isabelle RAHÉ Totalement ! L’IA transforme le marketing de la même manière que le mobile ou les réseaux sociaux l’ont fait en leur temps, mais à une vitesse sans précédent. Nous entrons dans une ère où les marques ne s’adressent plus uniquement aux consommateurs : elles doivent désormais dialoguer avec les machines qui, elles, parlent aux consommateurs. Dans nos analyses, les assistants IA deviennent le premier filtre de la perception de marque. Avant même qu’un humain ne consulte une page web, ils résument, interprètent, hiérarchisent et recommandent les contenus. C’est un basculement historique dans la chaîne d’influence. L’enjeu n’est désormais plus seulement d’être visible pour un consommateur, c’est d’être choisi par son assistant IA.
MEDIACOM’ Les consommateurs sont-ils prêts à laisser l’IA décider à leur place ?
Isabelle RAHÉ Ils ne s’y préparent pas seulement, ils ont déjà commencé. Notre étude révèle que 82% des consommateurs utilisent l’IA, au moins occasionnellement, pour prendre des décisions du quotidien, qu’il s’agisse de shopping, de voyages ou de divertissement. Plus loin encore, 32,3% se disent prêts à laisser une IA acheter directement à leur place. À l’inverse, 22,7% hésitent encore, tandis que 45% refusent pour l’instant cette perspective.
MEDIACOM’ Comment maintenir le jugement humain et la créativité à l’heure où l’IA peut prendre des décisions ?
Isabelle RAHÉ La question n’est plus de savoir si l’IA va prendre des décisions. Elle le fait déjà. Le véritable enjeu est ailleurs: comment s’assurer que ces décisions restent alignées avec des valeurs humaines ? Nos travaux mettent en lumière plusieurs leviers clés. D’abord, identifier les «non-délégables» : ces dimensions qui doivent rester humaines par essence: l’intuition, le sens, l’empathie, la créativité profonde. Ensuite, faire évoluer les rôles: les collaborateurs deviennent des orchestrateurs, et non plus de simples opérateurs. Leur mission consiste à guider, superviser et challenger les systèmes d’IA. Cela suppose également un cadre de gouvernance clair, intégrant des mécanismes d’escalade, de la transparence et une relecture humaine systématique. Chez Hotwire, nous pensons que l’IA peut exécuter les actions. Mais la finalité, l’intention et les choix qui orientent ces actions doivent rester entre les mains des humains.


