Campagne Aulas : quand le marketing sature et que la politique reprend la main

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Campagne Aulas : quand le marketing sature et que la politique reprend la main

Un départ en trombe, une course largement en tête, puis l’essoufflement: la stratégie de Jean-Michel Aulas, plus proche du marketing que de la politique selon les experts, n’a pas payé en fin de match, à Lyon, face au maire écologiste. 

«La notoriété et l’ancrage territorial d’un ancien président de club de football» ne suffit «manifestement» pas à gagner une élection, constate Laurent Thiong-Kay, enseignant-chercheur à l’Institut d’études politiques (IEP) de Lyon. Pendant des mois, il a étudié la campagne de l’ancien patron de l’Olympique lyonnais avec ses collègues Charlotte Dolez et Jean-Michel Rampon, jusqu’à sa défaite, d’une courte tête, dimanche face à Grégory Doucet. Pour lui, Jean-Michel Aulas a parfois «donné l’impression de s’enfermer dans l’antagonisme avec la majorité sortante». Surtout, «en s’approchant de l’échéance de l’élection, il a montré d’importantes difficultés à parler de son programme… en somme à sortir de la communication pour faire de la politique.» Pourtant, quand l’ancien homme d’affaires s’est lancé dans l’arène électorale, il a immédiatement été rejoint par la droite et le centre lyonnais, jusque-là désunis et en manque d’un champion, et les premiers sondages le placent en orbite. «Le lancement est très réussi. Il n’y a rien à dire. La candidature a été comprise. Et c’est vrai que Doucet semblait complètement dans les cordes», observe Gaspard Gantzer, ancien communicant du président François Hollande et cofondateur de l’agence 2017 qu’il a quittée avant qu’elle ne prenne en charge la campagne de Jean- Michel Aulas. L’ex-patron de foot table sur son image de candidat issu de la société civile. Mais quand la campagne entre dans le dur en janvier, son manque d’expérience en politique se fait ressentir, selon le politiste Romain Meltz, de l’Université Lyon 2. «C’est entré en dissonance avec le produit Aulas politique qui avait été inventé et placé entre septembre et décembre 2025», avance-t-il. 

Doute : Pour Romain Meltz, la «jonction n’a pas fonctionné» entre une équipe de communication venue de Paris, qui s’occupe par ailleurs d’Holnest, la société de Jean-Michel Aulas, et les équipes politiques LR et Horizons qui soutenaient localement le candidat. «Le choix d’une agence parisienne a braqué les journalistes, des responsables de partis qui soutenaient Aulas», ajoute Jean- Pierre Vacher, président du Club de la presse de Lyon. Le candidat agace une partie de la presse locale en réservant ses premières interventions à des médias nationaux. Des critiques s’élèvent contre son absence dans plusieurs débats organisés par des médias lyonnais avec ses rivaux. Et quand enfin, il échange avec eux face caméra, il n’est pas à l’aise sur la forme et sur le fond. Quant à son programme, il est «mal ficelé» selon M. Vacher, qui explique dans un article pour le magazine Lyon Decideurs pourquoi le «crash» de la campagne de la campagne Aulas «fera date». Parmi les promesses mal comprises: celle de construire un tunnel routier de 8 km sous Lyon qui «écrase toutes les autres mesures», selon Romain Meltz. Pour Gaspard Gantzer, le verdict des urnes tient aussi à un adversaire «redoutable»: Grégory Doucet a fait preuve de «sang-froid» face à son retard dans les sondages, et en maire sortant «connaît ses sujets», souligne-t-il. «Et puis comme toujours dans une campagne électorale, il y a une part d’injustice. C’est-à-dire qu’à un moment, il se passe quelque chose», qui instille le doute chez l’électeur, explique le communiquant. 

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