À l’occasion du salon One to One Retail E-Commerce, Mastercard a animé plusieurs workshops consacrés aux transformations du secteur, notamment liées à l’émergence du commerce agentique. L’occasion pour mediaCom’d’échanger avec Jean-Robert Raynier, Vice President Products & Solutions chez Mastercard.
MEDIACOM’ Que représente le commerce agentique pour un acteur comme Mastercard ?
Jean-Robert RAYNIER Mastercard est pleinement engagé sur ce sujet. Nous avons déjà réalisé des transactions agentiques aux États-Unis et annoncé récemment la première transaction avec une carte européenne. Notre rôle consiste à garantir la sécurité des paiements, notamment à travers l’authentification et la tokenisation, afin de contenir la fraude et protéger l’ensemble des acteurs de notre réseau – marchands comme établissements bancaires. L’enjeu est également d’apporter de la transparence à ce nouveau mode de commerce.
MEDIACOM’ Les consommateurs ont-ils pris le pas sur le commerce agentique ?
Jean-Robert RAYNIER Oui, très largement. On observe déjà plusieurs milliards de requêtes par jour, dont 40% à 60% concernent des intentions d’achat. Les consommateurs utilisent désormais les agents IA pour les accompagner dans leurs décisions. Le commerce agentique s’impose ainsi comme l’une des technologies adoptées le plus rapidement à ce jour, avec des courbes de croissance particulièrement marquées. Il transforme en profondeur la manière dont les consommateurs interagissent avec le e-commerce.
MEDIACOM’ Dans ce contexte, comment accompagnez-vous les commerçants ?
Jean-Robert RAYNIER Notre accompagnement s’articule autour de trois axes. D’abord, le conseil et l’expertise (une activité qui représente près de 40% de nos revenus) pour aider nos clients et partenaires à monter en maturité sur ces enjeux. Ensuite, la mise en place de fondations solides afin de structurer leur stratégie. Enfin, nous proposons des pilotes permettant de tester concrètement ces innovations dans une logique de test and learn.
MEDIACOM’ On évoque même l’idée de passer des paiements via les agents IA… Est-ce possible ?
Jean-Robert RAYNIER C’est en effet une évolution en cours. Mastercard défend toutefois une position claire : tout acte d’achat réalisé via un agent IA devra respecter un cadre strict, avec des règles précises pour les commerçants de notre réseau. Au niveau européen, la législation est en cours de définition. Après avoir contribué à des standards comme le Click to Pay ou la tokenisation, Mastercard entend jouer un rôle dans la normalisation du commerce agentique. Dans ce contexte, les enjeux de sécurité et d’authentification sont absolument centraux.
MEDIACOM’ Quelles sont les tendances de paiements pour les consommateurs européens ?
Jean-Robert RAYNIER Il existe de fortes disparités culturelles. Les pays nordiques privilégient largement la carte bancaire, tandis que l’Allemagne reste encore très attachée aux paiements en espèces, même si les usages évoluent. À l’inverse, les pays d’Europe de l’Est se distinguent par leur forte digitalisation : le Click to Pay, la tokenisation ou encore l’authentification biométrique y sont déjà largement adoptés.
MEDIACOM’ Où en êtes-vous dans votre objectif de 100% de tokenisation d’ici 2030 ?
Jean-Robert RAYNIER La tokenisation consiste à remplacer le numéro de carte par un identifiant unique, stocké sur l’appareil de l’utilisateur, afin que les données sensibles ne soient jamais partagées lors des transactions, que ce soit en magasin, en ligne ou via une application. Aujourd’hui, environ 30% de l’e-commerce français est tokenisé. Depuis fin 2025, l’ensemble des émetteurs est prêt à déployer cette technologie. L’enjeu porte désormais sur son adoption à grande échelle. L’objectif de 100% à horizon 2030 reste inchangé.


