Rungis, le premier marché de gros d’Europe, doit s’adapter au défi saniataire du coronavirus

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Rungis, le premier marché de gros en Europe, continue de fonctionner au sud de Paris pour alimenter les Français en produits frais, mais a dû s’adapter en un temps record au défi sanitaire du coronavirus, explique son président Stéphane Layani. 

En quelques jours à peine, le marché, qui pèse près de 10 milliards d’euros 

de chiffre d’affaires annuel, a perdu toute sa clientèle issue de la restauration, celle des cantines, ainsi que son activité de fleurs fraîches, après la fermeture des restaurants, écoles, universités et des commerces non-alimentaires. «Confinés, nous ne consommons pas exactement les mêmes choses que lorsque nous allons à la cantine ou au restaurant», explique M. Layani lors d’un entretien téléphonique. D’où un travail «très dur» pour réorganiser les flux de distribution des 1.200 entreprises présentes à Rungis. «On travaille 20 heures sur 24», constate-t-il. Ainsi les coquillages et fruits de mer des mareyeurs, fierté des brasseries parisiennes, ont dû être écoulés par la grande distribution après la fermeture des restaurants. Bovendis, fournisseur de la restauration, a dû trouver d’autres clients pour ses viandes. Ces changements ont créé des fluctuations inhabituelles sur les prix de gros. Le cours de la pomme de terre s’est envolé lundi par crainte de pénurie avant la prochaine récolte, suivi par les aubergines et les courgettes importées d’Espagne, par peur de problèmes d’acheminement. Le poisson a, lui, fortement baissé, après la fermeture des principaux acheteurs des produits de la mer, les restaurants, qui constituent 20% du chiffre d’affaires de Rungis. 

«C’est compliqué» : «Malgré cela, on a assisté à beaucoup de solidarité pour éviter le gaspillage alimentaire», salue M. Layani. Des patrons de la distribution d’ordinaire peu présents à Rungis, dont Thierry Cotillard (Intermarché), «se sont manifestés» pour racheter des stocks qui restaient sur le carreau, invendus. «On n’est plus du tout dans les bisbilles traditionnelles de prix entre producteurs et distributeurs», relève M. Layani. «On est en guerre contre le virus et Rungis prend part au combat, l’ensemble de la chaîne reste unie, même si en ce moment, c’est compliqué», avoue-t-il. L’alimentation des Français confinés constituant un sujet stratégique, le président de Rungis participe deux fois par jour à une réunion avec les industriels de l’agroalimentaire, les patrons de la distribution, des représentants du ministère de l’Economie, et de celui de l’Agriculture et de l’alimentation. «On essaie de désamorcer tous les problèmes», logistique, acheminement, déstockage, «et il y en a beaucoup», confie-t-il: manque de masques pour certains salariés, manque de salariés dans certaines entreprises… Aujourd’hui, alors que certains médecins réclament un renforcement des contraintes de circulation, notamment l’interdiction des marchés forains pour freiner la propagation du virus, M. Layani juge «très important» que les gens puissent continuer d’aller faire leurs courses sur les marchés de plein air et que «la chaîne alimentaire tienne».