S. PLASSERAUD (We Are Social) : «À la fin mars, j’ai fini pour la première fois en 10 ans en négatif»

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Première crise économique et sanitaire en 10 ans pour l’agence We Are Social. Comment l’agence a-t-elle accompagné ses clients et quelle est la situation aujourd’hui ? Zoom sur l’agence We Are Social avec sa fondatrice et dirigeante, Sandrine PLASSERAUD.

MEDIACOM Quelle est la ligne éditoriale de l’agence ? 

Sandrine PLASSERAUD We Are Social est une agence créative internationale née du web social. Nous comptons plus de 850 collaborateurs au sein de 15 bureaux à travers le monde. J’ai fondé l’agence en France en 2010. Nous croyons à la force de l’insight social pour générer de la valeur. C’est ce que nous appelons le social thinking. Nous croyons que les idées créatives sont les traits d’union entre le territoire de la marque et celui de l’influenceur. Pour cela, une seule réponse est possible : la co-création. Nous asseyons à la même table, influenceurs et créatifs pour tirer le plus fou de chacun. 

MEDIACOM Qui sont vos clients ? 

Sandrine PLASSERAUD Nous travaillons pour Renault et la BNP Paribas depuis 9 ans, Google depuis 5 ans, Netflix, la RATP, Orange, Disney, WWF, Tropicana ou encore Vichy et Louis XIII. Nous avons de nombreux contrats historiques avec ces clients. 

MEDIACOM Quelles sont vos missions ? 

Sandrine PLASSERAUD Notre rôle est d’identifier les conversations sur les réseaux sociaux, de les comprendre au nom des marques et de proposer ainsi une stratégie pour qu’elles intègrent ces discussions. Lors de cette période de confinement, de nombreux clients ont sollicité notre métier de Social Intelligence pour repérer ces discussions. Les réseaux sociaux ne doivent pas servir de déclinaisons des messages publicitaires … et à l’inverse, ce n’est pas avec une insertion publicitaire sur TF1 qu’une marque peut construire une image et une identité auprès des consommateurs. Depuis 5 ans, nous poursuivons un programme de R&D important. Ainsi, au-delà de notre expertise sur les médias immersifs et les réseaux sociaux, nous travaillons sur d’autres objets de communication: installation interactive, datavisualisation, influenceurs virtuels, gamification… 

MEDIACOM Comment avez-vous géré cette crise sanitaire ? 

Sandrine PLASSERAUD Tous les collaborateurs de nos bureaux de New York, Toronto, Madrid, Londres, Milan, Munich, Berlin, Dubaï, Tokyo, Sydney et Paris se sont retrouvés confinés chez eux en télétravail. Nous apprenons beaucoup de nos homologues internationaux et aujourd’hui, si notre capacité à travailler en télétravail ne fait aucun doute, c’est le maintien du lien social pour nos collaborateurs qui devient la priorité des dirigeants du groupe. Nous avons dû revoir toutes les campagnes, juger si elles étaient encore pertinentes ou encore les décaler. Cette période nous a permis de voir émerger de nouvelles tendances comme le divertissement social sur les réseaux sociaux. 

MEDIACOM Économiquement, comment avez-vous été touché ? 

Sandrine PLASSERAUD J’ai vécu ma première crise. Je me suis rendu compte de la fragilité des modèles économiques des agences. Les contrats annuels représentent une part minime par rapport aux contrats additionnels. En 2017 et 2018, je réalisais en moyenne 18 millions d’euros de chiffre d’affaires. 2019 a été une année plus compliquée en raison de la crise des Gilets Jaunes et de la grève. Cette année, nous devions réaliser 20 millions de chiffre d’affaires. Ce dernier est constitué à 40% par les contrats annuels et nous allons avoir du mal à atteindre cet objectif. Nous proposons de nombreuses amplifications digitales d’événements physiques. Ces derniers étant reportés voire annulés, la perte sera importante pour l’agence. À la fin mars, j’ai terminé pour la première fois en négatif. Je ne me plains pas, la situation est bien plus intense pour les agences événementielles. Je pense d’ailleurs que la digitalisation d’événements sera plus importante en sortie de crise. De plus, nous remarquons des signes positifs d’une éventuelle reprise : depuis 2 semaines, de nouveaux appels d’offres émergent. 

MEDIACOM Quelle est la situation pour les autres bureaux à l’international ? 

Sandrine PLASSERAUD Sur le plan général, l’ensemble des bureaux du groupe ont vécu la même situation. Étonnamment, notre bureau en Italie a été moins touché économiquement par la crise. La raison ? Le pays a mis en place un crédit d’impôt pour soutenir les investissements publicitaires dans les médias. 

MEDIACOM Quels sont les projets d’expansion de l’agence ? 

Sandrine PLASSERAUD Nous avions prévu un plan d’expansion de l’agence. Suite aux circonstances que nous connaissons, nous avons décidé de repousser ce projet et attendre le bilan de fin d’année.