Alors que les créateurs de contenu multiplient les succès d’audience sur les plateformes sociales, nombre d’entre eux cherchent à inscrire leur trajectoire dans la durée en investissant de nouveaux formats, à l’image de l’édition. C’est notamment le cas de Lorenzo Tenisci, créateur spécialisé dans la musique. Pour mediaCom’, il revient sur sa stratégie de contenu et les leviers de développement de sa marque personnelle.
MEDIACOM’ En quelques mots, comment définiriez-vous votre activité de créateur de contenu ?
Lorenzo TENISCI Je suis à la fois créateur de contenu, chanteur et passionné de scène. Je produis des contenus depuis plusieurs années, et j’en vis depuis maintenant deux ans. Très tôt, j’ai été attiré par cet univers. À travers mes vidéos, je transforme mes émotions en chansons. Cela m’a permis de construire progressivement une communauté engagée.
MEDIACOM’ Vos abonnés vous connaissent notamment pour votre concept «Je traduis». Comment est-il né ?
Lorenzo TENISCI Le concept «Je traduis» est né en 2024, à partir d’une trend TikTok autour d’une chanson en russe. De nombreux créateurs l’ont reprise, et j’ai eu l’idée de la traduire en français pour la rendre accessible au plus grand nombre. Le format a rapidement rencontré un fort engouement. J’ai ensuite poursuivi avec des titres actuels ou plus anciens. Aujourd’hui, ma communauté joue un rôle clé : elle me suggère directement les morceaux à traduire. L’engagement généré m’a permis de lancer mon premier single, intitulé «Je traduis», qui a reçu des retours très positifs. Cette dynamique m’a également offert l’opportunité de couvrir l’Eurovision lors des dernières éditions.
MEDIACOM’ Vous publierez prochainement votre premier livre, «Ma vie 2.0». Quelle est votre démarche derrière ce projet ?
Lorenzo TENISCI Ce livre est né d’un besoin de transmission. J’ai souhaité aller au-delà des réseaux sociaux pour raconter une histoire plus profonde. «Ma vie 2.0» retrace mon parcours, de l’enfant qui rêvait devant sa télévision au jeune adulte confronté aux doutes, aux peurs, mais aussi à ses débuts dans la musique et la création de contenu. L’objectif est d’encourager les lecteurs à croire en leurs projets et à appréhender l’échec comme une étape.
MEDIACOM’ De plus en plus de créateurs publient des livres. Comment analysez-vous cette tendance ?
Lorenzo TENISCI Les contenus digitaux sont, par nature, très éphémères. L’attention des audiences diminue et les vidéos sont rapidement consommées, puis oubliées. Le livre permet de s’inscrire dans le temps long et de proposer un objet plus tangible. C’est aussi une manière de renforcer le lien avec sa communauté. Les réseaux sociaux restent centraux dans mon activité, mais ce type de projet apporte une dimension complémentaire.
MEDIACOM’ La frontière entre influenceur et créateur de contenu reste parfois floue. Comment vous positionnez-vous?
Lorenzo TENISCI Pour moi, la distinction doit être claire. Je privilégie des collaborations avec des marques en adéquation avec mes valeurs et les attentes de ma communauté. J’ai récemment travaillé avec Deezer, ce qui correspond parfaitement à mon univers. J’ai également mené des opérations avec Warner Music, Oreo ou encore Trainline. L’enjeu est de conserver une cohérence éditoriale.
MEDIACOM’ Comment adaptez-vous vos contenus aux différentes plateformes ?
Lorenzo TENISCI Globalement, je diffuse mes vidéos sur l’ensemble des plateformes, avec un socle éditorial commun. La principale exception reste Snapchat, où je propose davantage de contenus lifestyle autour de mon quotidien. Les audiences sont d’ailleurs souvent fragmentées : certains abonnés me suivent uniquement sur Instagram ou TikTok. Maintenir un rythme de publication soutenu est un véritable défi, d’autant que les algorithmes évoluent en permanence.
MEDIACOM’ Comment gérez-vous la notoriété au quotidien ?
Lorenzo TENISCI Je la gère de manière assez naturelle. Les échanges avec les abonnés, notamment dans la vie réelle, sont souvent bienveillants, ce qui contraste parfois avec certains commentaires en ligne. Je prends du recul vis-à-vis de ces derniers. Le sujet de la santé mentale des créateurs est aujourd’hui central, et c’est une bonne chose. De mon côté, ayant connu le harcèlement scolaire, j’ai développé une certaine distance face aux critiques numériques.


